Gestion des entreprises et création d’emplois : Le DG de l’Agence CI PME dresse le bilan partiel du Programme d’appui à la productivité des Pme

Le Programme d’appui à la productivité (PAP) des Petites et moyennes entreprises (Pme) est une initiative de l’Agence Côte d’Ivoire Pme soutenue par la coopération Allemande au travers de la GIZ. Ce programme vise à accompagner 700 Pme dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1 milliard Fcfa, afin que ces entreprises puissent créer des emplois et améliorer leurs conditions de travail. Au cours d’un entretien réalisé sur zoom, mercredi 31 mars 2021, le Directeur général de l’Acipme, Salimou Bamba dresse un bilan partiel de la mise en œuvre du PAP.

 

Présentez le Programme d’appui à la productivité (PAP).

Le Programme d’appui à la productivité (PAP) des Petites et moyennes entreprises (PME) a été lancé au cours du dernier trimestre 2019. Et, à ce jour, l’Agence Côte d’Ivoire Pme , sur l’ensemble de 700 entreprises qui étaient la cible, a déjà accompagné 500 entreprises.

 

Les 500 entreprises ont été accompagnées à travers des cohortes.

Dans la première cohorte, nous avions 110 entreprises dans le secteur du manufacturier et 75 Très petites entreprises (Tpe) dans le secteur de l’agro-transformation, du tourisme, la restauration, l’hôtellerie principalement. Les entreprises manufacturières ont bénéficié de programmes de diagnostic de leurs capacités. Pendant 4 mois, ces entreprises ont été accompagnées par des experts de l’Acipme et des consultants. L’objectif étant de remonter le niveau de productivité de l’entreprise. Plus l’entreprise est productive, alors elle optimise ses ressources, et peut payer plus d’impôts. Si l’entreprise crée beaucoup d’impôts, alors la collectivité s’enrichit, et on a beaucoup plus de ponts, de chaussées, de routes, d’hôpitaux…

Dans le cadre de la deuxième cohorte, nous avons accompagné 200 Pme dont 100 entreprises pour l’amélioration de l’accès au financement. Ce qui fait que les banques ne financent pas les entreprises, c’est parce que les entreprises n’ont pas mis en place des systèmes de gestion fiable et accessible. Ces 100 entreprises ont été accompagnées pour qu’elles puissent renforcer leur capacité financière et arriver à produire la documentation afin d’aller vers les banques et avoir accès au financement. À côté de ces 100 entreprises, il y a 100 autres entreprises qui ont été accompagnées au niveau digital, pour leur permettre de disposer de sites Internet, de boutiques en ligne devant leur permettre d’adopter des pratiques d’affaires.

On a accompagné également 150 entreprises pour la structuration.

Depuis cette semaine, nous commençons l’accompagnement de 250 autres entreprises. Cette troisième cohorte va porter toujours sur les questions de gestion financière et de ressources humaines. Comment faire en sorte que davantage d’employés soient déclarés à la Cnps, aient accès à l’assurance et à la protection sociale et à des conditions de travail beaucoup plus sécurisées.

Quel est l’objectif visé à travers l’accompagnement des entreprises ?

L’objectif que nous avions au départ, avec la GIZ, c’était de créer 1050 emplois. Le second objectif, c’était l’amélioration de l’emploi. Il s’agissait d’améliorer les conditions de travail de 1 200 employés.

Peut-on avoir une idée du mode de sélection des entreprises bénéficiaires de ce programme ?

En amont du recrutement de chaque corps d’entreprises, nous définissons des critères qui consistent principalement à avoir la possibilité pour l’entreprise de nous fournir un certain nombre de documentation, notamment des états financiers, des documents de Cnps et d’impôts, l’évolution du chiffre d’affaires. L’accès à ce programme est purement démocratique. Toutes les entreprises ont accès à ce programme pourvu qu’elles remplissent les conditions. Et ce programme leur permet, effectivement, de pouvoir bénéficier gracieusement de l’appui d’un consultant, d’outils et instruments qui leur permettent de pouvoir améliorer leur gestion.

700 entreprises à accompagner face à un grand nombre d’entreprises en Côte d’Ivoire, n’est-ce pas dérisoire ?

À l’échelle de la Côte d’Ivoire, 700 entreprises, c’est une goutte d’eau. On estime à plus de 70 000, le nombre d’entreprises formelles en Côte d’Ivoire. Si on y ajoute les entreprises du secteur informel, on pourrait obtenir les 100 000 entreprises facilement. Donc 700 entreprises, c’est minime, mais c’est aussi une question de ressources financières.

Aujourd’hui, l’Acipme continue de faire un plaidoyer auprès des autorités publiques et des acteurs du secteur privé, afin que rapidement on puisse augmenter la capacité d’intervention de l’Acipme, parce que la crise à Covid a clairement démontré que notre tissu économique n’était pas prêt à ce type de choc. En effet, lorsque l’État a mis en place le Fonds de soutien aux Pme (Fspme), on a vu que certaines entreprises avaient des difficultés d’éligibilité. Cela témoigne clairement du faible niveau de gestion de notre écosystème entrepreneurial.

Aujourd’hui, il est important que nous puissions travailler à pouvoir toucher beaucoup plus d’entreprises.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez fait face dans le cadre de la mise en œuvre du PAP?

Lorsqu’on a lancé des appels à projets, des entreprises ont pensé que c’était des actions de financement de projets. Et, lorsque nous leur avons présenté le programme, certaines ont hésité à y prendre part. Parce qu’elles ne voyaient pas l’intérêt d’un renforcement de capacité. Nous leur avons fait comprendre que le renforcement de capacités est la base du succès de leurs entreprises.

Au-delà des entreprises qui hésitaient parce qu’elles pensaient que c’était une question de financement, on a aussi des acteurs qui ont hésité à partager l’information, parce qu’ils se disent que lorsqu’ils déclarent leurs chiffres d’affaires ou informations à l’Acipme, il y a un risque que ces informations parviennent aux Impôts. Ce que nous leur disons, c’est que l’État est bien organisé, l’État dispose de service de ministère de l’Économie et des Finances et que notre mission à l’Acipme n’est pas de dénoncer. Notre mission est, bien au contraire, d’accompagner les entreprises à la structuration. Bien entendu, lorsque nous constatons des cas d’incivisme fiscal, notre rôle, en tant qu’acteur publique, c’est de sensibiliser les opérateurs et les emmener à faire leur déclaration.

Notre mission première lorsque nous arrivons sur le terrain, c’est de mettre les entreprises en confiance et de leur expliquer que nous ne sommes pas là pour faire des contrôles fiscaux. Il y a eu quelques difficultés, mais globalement, les entreprises adhèrent au programme. La preuve, pour la dernière cohorte où nous attendons 250 entreprises, à ce jour on est à plus de 525 entreprises. Donc on a déjà doublé l’objectif. Il y a un réel engouement.

Comment rassurez-vous les entreprises en ce qui concerne la confidentialité des informations qu’elles mettent à votre disposition ?

L’Acipme intervient sur le terrain depuis près de trois ans. Avant de prélever des données auprès des entreprises, nous formulons une demande auprès du Directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications/Tic de Côte d’Ivoire (Artci), et l’ensemble des données qui sont collectées sont gérées dans notre système d’information. Les collaborateurs n’ont pas l’autorisation de partager ces informations avec qui que ce soit. Chaque agent sait le risque qu’il court en voulant jouer avec les données d’une entreprise.

Avec la maladie à Coronavirus, comment êtes-vous parvenus à recueillir les informations auprès des entreprises, surtout avec les mesures de distanciation sociale.

Au cours des mois de juin et juillet, nous avons procédé à une revue de nos procédures. Beaucoup de diagnostics des entreprises ont été faits en ligne.

Près de 40 webinairs ont été organisés l’année dernière. Beaucoup d’interventions ont été faites à distance, à travers zoom. Mais lorsque les déplacements sur le terrain se sont imposés, les collaborateurs ont pris des mesures de distanciation sociale. Dieu merci, depuis l’avènement de la Covid, on n’a pas eu de cas avéré au sein de l’entreprise.

La place des femmes dans la mise en œuvre du PAP.

Tenant compte de la convention qui nous lie à la GIZ, il est prévu que 35 % des interventions dans le cadre du PAP soient faites auprès d’entreprises appartenant à des femmes ou dirigées par des femmes.

Lorsque vous prenez la première cohorte où nous avions eu 75 entreprises dans le domaine de l’hôtellerie et de l’agroalimentaire, il s’agissait d’une cohorte exclusivement féminine. Même aujourd’hui, dans la cohorte 3, on prend les dispositions pour que les femmes représentent une part importante. À côté de cela, avec l’appui de Onufemme, l’Acipme a suivi certaines veilles sur l’éccosystème entrepreneurial féminin. C’est dans ce sens qu’en mars 2020, nous avons fait un premier état des lieux de l’entrepreneuriat féminin en Côte d’Ivoire ; en juillet 2020, dans le cadre de la Covid, nous avons mis en exergue l’impact de la Covid sur les entreprises féminines ; et pour 2021, nous finalisons actuellement une nouvelle enquête et pour le mois d’avril, avec l’appui de Onufemme, on va publier une nouvelle enquête sur l’entrepreneuriat féminin.

Outre les entreprises, l’Acipme a également bénéficié d’un appui du GIZ dans le cadre du PAP. Un mot sur cet accompagnement ?

Le PAP a deux dimensions. Il y a l’appui à 700 entreprises, mais à côté de cela, la GIZ renforce aussi les capacités de l’Acipme. L’Agence a pu bénéficier de recrutement de consultants pour renforcer les capacités des agents. L’Agence a pu bénéficier d’équipements informatiques, de matériels d’impression. Définitivement, c’est un programme qui nous permet de passer à l’échelle. Le PAP a été un levier d’accélération de notre processus.

Quant est-il du suivi des entreprises après la mise en œuvre du PAP?

L’ensemble des entreprises bénéficiaires du PAP, après leur accompagnement, rejoignent le guichet des services. Et le rôle du guichet des services est de continuer à entretenir les résultats qui ont été atteints.

On sait aussi qu’on fait face à un défi. Parce que lorsqu’on fait de l’accompagnement conseils, au bout de la formation, on nous demande comment ça impacte la vie de l’entreprise. Le résultat, c’est que lorsque vous prenez le programme Covid par exemple, vous vous rendrez compte qu’en Côte d’Ivoire, après Abidjan où on a eu environ 80 % des bénéficiaires, les deux villes qui ont eu plus de bénéficiaires du Fspme, ce sont les villes de San Pedro et de Bouaké. Parce que dans ces villes, les entreprises ont pu bénéficier d’accompagnement conseils de nos collaborateurs et de nos experts. Pour dire que l’accompagnement conseils, c’est la clé du succès.

Grâce à l’appui du PAP, des entreprises disposent aujourd’hui d’un site Internet. On a fait plus d’une cinquantaine de sites Internet. Ensuite, des entreprises aujourd’hui on une boutique en ligne qui leur permettent de prendre en ligne des commandes, ce qui n’existait pas auparavant. Grâce au PAP, des entreprises sont aujourd’hui répertoriées sur Google Map.

C’est clair que dans la conduite du PAP des entreprises ont exprimé des attentes. Peut-on avoir une idée de quelques unes de ces attentes ?

Lorsqu’on a fini un diagnostic d’une entreprise et qu’on a fini d’élaborer un plan d’accompagnement pour certaines entreprises, il y a des attentes en termes de financement et un besoin d’accompagnement après la cohorte. Les entreprises souhaitent une présence beaucoup plus accrue de l’Acipme, même lorsque la cohorte est achevée.

Après le PAP, quelle est la prochaine étape ?

Le PAP est le Programme d’appui à la productivité que nous avons avec la GIZ, mais en parallèle au PAP, nous avons d’autres programmes dans d’autres domaines. Avec le Centre de promotion de Genève, nous accompagnons des entreprises féminines principalement, dans les domaines de la filière karité, anacarde et manioc. Il y a 24 entreprises féminines que nous accompagnons depuis 6 mois déjà. Au mois de juin, nous allons prendre une nouvelle cohorte d’entreprises que nous allons accompagner.

Avec la Banque mondiale, c’est le Projet d’infrastructures pour le développement urbain et la compétitivité des agglomérations secondaires (PIDUCAS) qui nous permet d’être présent aujourd’hui à Bouaké et à San Pedro et de contribuer à renforcer l’écosystème entrepreneurial dans ces deux villes.

Toujours avec la GIZ, on a d’autres programmes qui consistent à mettre en place une entreprise du numérique.

Avec l’Union européenne, on a un programme d’accompagnement de la filière mangue qui commence bientôt.

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